Pourquoi est-il préférable d'utiliser le terme de "génocide" en Vendée ?
La Vendée est un département officiellement créé le 26 janvier 1790 par décret de l’Assemblée Nationale.
Elle tire son nom d’une rivière appelée autrefois « Vindeda », signifiant « la blanche ».
À la veille de la Révolution française, ce territoire est profondément attaché à la religion catholique et demeure globalement favorable à la monarchie.
Comme le reste du pays, la Vendée accueille d’abord favorablement les événements de 1789. Rien, à l’origine, ne la distingue réellement d’une autre province française. Les Vendéens se voulaient eux aussi révolutionnaires, dans la mesure d’une transformation qu’ils jugeaient légitime, nécessaire et encadrée.
Cependant, à partir de 1791-1792, un rejet progressif s’installe. Il ne concerne pas uniquement la Vendée, mais il y prend une ampleur particulière. La Constitution civile du clergé du 12 juillet 1790 constitue un premier point de rupture. En soumettant l’Église à l’autorité de l’État, elle bouleverse profondément l’équilibre religieux traditionnel et local.
En Vendée, une grande majorité de prêtres refuse de prêter serment. Ces prêtres étaient devenus des « réfractaires » et ne pouvaient plus donner la messe légalement, au risque d'encourir la peine capitale. Ils célébraient la messe clandestinement, dans les bois, les granges ou les maisons isolées. Ils étaient traqués. Pour une population profondément croyante, cette situation est vécue comme une atteinte directe à sa foi.
Pour beaucoup, dont un grand nombre de prêtres, cette Constitution civile du clergé allait à l’encontre de principes religieux fondamentaux. C’est la raison pour laquelle un grand nombre de prêtres, massivement en Vendée, a refusé de s’y soumettre.
L’exécution de Louis XVI le 21 janvier 1793 accentue encore les tensions. Elle n’est pas l’unique cause de l’insurrection, mais elle marque un basculement symbolique.
L’élément décisif survient en février 1793 avec la levée en masse de 300 000 hommes. Le tirage au sort arrache des fils à leurs familles, à leur terre. Les plus aisés peuvent payer pour s’y soustraire. Beaucoup perçoivent cette mesure comme injuste et brutale. C'est ainsi qu'en Vendée, le refus s’organise.
Suite à cela, en mars 1793, l’insurrection éclate.
Des paysans bretons, mainiots, angevins, normands et poitevins se soulèvent, frappent aux portes de nobles en qui ils ont confiance et les poussent à prendre la tête du mouvement. Ainsi naît l’Armée catholique et royale sur un territoire plus vaste que l'actuelle Vendée, « la Vendée militaire ». Parmi ses chefs figurent Jacques Cathelineau, Henri de La Rochejaquelein, François-Athanase Charette de la Contrie, Charles de Bonchamps, Maurice d'Elbée, Louis de Lescure, Jean-Nicolas Stofflet, Charles Sapinaud, Georges Cadoudal ou encore Antoine Philippe de La Trémoille.
Mal équipée, composée en grande partie de paysans armés de fourches et de faux, cette armée remporte toutefois plusieurs victoires au printemps 1793. Elle s’empare notamment de Cholet et constitue un contre-poids réel aux forces républicaines.
Or, à l’automne 1793, la situation bascule.
Après une défaite décisive à Cholet le 17 octobre 1793, les Vendéens franchissent la Loire. C’est la « Virée de Galerne ». Environ quatre-vingt mille hommes, femmes et enfants marchent dans le froid et la faim, espérant un soutien anglais à Granville qui ne viendra finalement jamais. Poursuivis sans relâche, ils sont écrasés à Savenay en décembre 1793. L’Armée catholique et royale cesse alors d’exister comme force organisée. Il n’y a plus de véritable « armée ».
Et pourtant, la violence ne cesse pas.
Sous la Convention, un décret du 1er août 1793 est voté. Il ordonne la « destruction de la Vendée ». Bertrand Barère en est l’un des principaux auteurs. En janvier 1794, le général Louis-Marie Turreau met en place les « colonnes infernales ». Leur mission est explicite, ils devaient parcourir la région et la dévaster.
En effet, en application du décret du 1er août 1793, douze « colonnes infernales » ont été créées, ayant pour but de tout anéantir sur leur passage par le feu et le sang.
Les ordres de Louis-Marie Turreau étaient les suivants : « Il faut exterminer tous les hommes qui ont pris les armes, et frapper avec eux leurs pères, leurs femmes, leurs sœurs et leurs enfants. La Vendée doit n’être qu’un grand cimetière national ; il faut expulser de son territoire les Royalistes non armés, les Patriotes tièdes … et couvrir ce pays du plus pur de la Nation. Repeuplez-le de bons Sans-Culottes ! ». Comme susmentionné, il y a d’autres responsables, notamment François Pierre Amey, un des soldats de Louis-Marie Turreau. Il a été rapporté ceci : « Amey fait allumer des fours et lorsqu’ils sont bien chauffés, il y jette les femmes et les enfants. Nous lui avons fait des représentations ; il nous a répondu que c’était ainsi que la République voulait faire cuire son pain. D’abord on a condamné à ce genre de mort les femmes brigandes et nous n’avons trop rien dit ; mais aujourd’hui les cris de ces misérables ont tant diverti les soldats et Turreau qu’ils ont voulu continuer ces plaisirs. Les femmes de royalistes manquant, ils s’adressent aux épouses des vrais patriotes. Déjà, à notre connaissance, vingt-trois ont subi cet horrible supplice et elles n’étaient coupables que d’adorer la nation. La veuve Pacaud, dont le mari a été tué à Chatillon par les Brigands lors de la dernière bataille, s’est vue, avec ses quatre petits enfants jetée dans un four. Nous avons voulu interposer notre autorité, les soldats nous ont menacé du même sort ».
Il y a aussi eu les "noyades de Nantes" par Carrier, qui était un représentant en mission à Nantes. Celui-ci séparait les époux, les humiliait, les déshumanisait, avant de les jeter dans la Loire. Carrier écrivait « On met tous ces coquins-là dans des bateaux qu’on fait couler ensuite à fond. On appelle cela « envoyer au château d’eau ». En vérité, si les brigands se sont plaints quelquefois de mourir de faim, ils ne pourront pas se plaindre au moins qu’on les fasse mourir de soif », puis « C’est par principe d’humanité que je purge la terre de la liberté, de ces monstres ».
Aussi, François-Joseph Westermann, écrivait « Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et dans les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m’aviez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes, qui, au moins pour celles-là n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé ».
Le plus dur dans tout cela est que certains révolutionnaires ayant commis de telles exactions ont été enterrés au Panthéon comme Lazare Carnot ou encore inscrit sur l’arc de Triomphe comme Louis-Marie Turreau. On peut relever dans leurs paroles, leurs écrits ou leurs ordres des propos comme « exterminer les brigands jusqu’au dernier, voilà ton devoir » ou « la Vendée ne doit être qu’un grand cimetière national », « il faut une extermination totale des habitants ». Tout cela démontre qu’il y avait une volonté d’écraser les vendéens, de tous les détruire, et pas seulement les « insurgés » ou les « combattants », mais aussi de simples enfants ou civils désarmés.
En février 1794, aux Lucs-sur-Boulogne, plusieurs centaines d’habitants (majoritairement des femmes, des enfants et des vieillards) ont été massacrés. La chapelle du Petit-Luc conserve aujourd’hui leurs noms.
Durant cette période, des vols, des viols, de la spoliation, de la torture et tous les actes de barbarie possibles ont été commis. Il y avait une volonté assumée de détruire la « race » vendéenne pour des motifs religieux et, selon l’interprétation, raciaux, comme écrit dans le décret du 1er août 1793 "Ici le comité, d'après votre autorisation, a préparé des mesures qui tendent à exterminer cette race rebelle, à faire disparaître leurs repaires, à incendier leurs forêts, à couper leurs récoltes, et à les combattre autant par des ouvriers et des pionniers que par des soldats ».
Tout ce qui est ici mentionné permet d’avancer qu’il y a bel et bien eu un génocide en Vendée. En effet, il y avait une volonté planifiée d’exterminer un groupe religieux et déterminé à partir de critères arbitraires, tout cela avec une atteinte grave à la vie et à la naissance d’enfants, de la torture, et autres atteintes physiques et morales graves perpétrées sur des civils.
Le nombre de victimes est estimé, selon les méthodes, entre 200 000 et 400 000 morts dans la région dite « Vendée militaire ».
Ainsi, pour l'historien Reynald Secher et le diplomate et juriste en droit pénal international Jacques Villemain, ces faits répondent aux critères définis par la Convention de 1948 :
- meurtres massifs
- atteintes graves à l’intégrité physique et morale
- destruction des moyens de subsistance
- violences visant à empêcher la reproduction
- exécutions indistinctes de civils.
Le terme « génocide », bien qu’anachronique pour le XVIIIᵉ siècle, est ainsi appliqué rétroactivement par ces historiens, qui estiment que l’intention d’extermination transparaît dans les décrets et correspondances.
Plus de deux siècles ont passé. Des monuments, des plaques commémoratives, des mémoriaux rappellent ces événements. Des associations poursuivent un travail de mémoire. Le débat historiographique demeure, mais la mémoire vendéenne, elle, ne s’est jamais éteinte.
Affirmations en opposition revenant régulièrement
"Non, mais il n'y a pas eu de génocide durant la guerre de Vendée. Le terme "génocide" implique une intention systématique d'exterminer un groupe ethnique, religieux ou national. La répression de la Vendée par les armées révolutionnaires visait à écraser une rébellion contre le gouvernement, pas à exterminer un peuple."
Pourtant, la loi du 1er août 1793 disait explicitement qu'il fallait "exterminer la race rebelle", "détruire la Vendée". Il y avait donc une intention planifiée d'anéantir des civils pour un motif religieux, associé à diverses exactions génocidaires. De plus, cela s'est justement intensifié après la destruction de l'armée catholique et royale. Le but était clair : écraser les vendéens jusqu'au dernier pour ne plus avoir affaire, effectivement, à des actes de rébellion. Cela a été un échec puisqu'il y a eu trois sursauts jusqu'en 1832.
"Certes, ces atrocités sont indéniables et horribles, mais cela ne suffit pas à les qualifier de génocide. Le terme "génocide" a un sens juridique précis, introduit bien après la Révolution, qui implique la destruction systématique d'un groupe ethnique, racial ou religieux. Dans le cas de la Vendée, il s'agit avant tout d'une guerre civile brutale contre une insurrection royaliste. Les ordres étaient violents et souvent barbares, mais ils visaient à écraser une rébellion politique, pas un groupe ethnique ou religieux en tant que tel.
L'usage du mot "race" à l'époque n'avait pas la même connotation qu'aujourd'hui, et il renvoyait à l'idée de "rebelles", c’est-à-dire des ennemis politiques, pas à un groupe défini par des caractéristiques ethniques ou religieuses spécifiques. La répression, aussi sauvage soit-elle, était liée à un contexte de guerre civile et non à une tentative d'exterminer un peuple ou une religion.
D'ailleurs, ces exactions n'ont pas touché toutes les populations catholiques ou royalistes en France, ce qui affaiblit encore l'argument d'une volonté génocidaire".
Il convient de s'en tenir à la définition : "Crime contre l'humanité consistant à commettre (ou à faire commettre) l'un des actes spécifiés par la Convention des Nations Unies du 9 déc. 1948 (a. 2) et par l'a. 211-1*, C. pén. (atteinte volontaire à la vie, atteinte grave à l'intégrité physique ou psychique, soumission à des conditions d'existence équivalentes à un processus d'extermination, mesures d'entrave aux naissances, transfert d'enfants) dans l'intention de détruire en tout ou en partie un groupe national, ethnique, racial, religieux ou arbitrairement déterminé (et même, précise la loi française, en exécution d'un plan concerté tendant à de telles fins), finalité spécifique odieuse qui explique la qualification de génocide. V. crime international." Selon le vocabulaire juridique de Gérard Cornu en association avec Henri Capitant (14e édition).
*Chapitre 1er du génocide, article 211-1 du code pénal : "Constitue un génocide le fait, en exécution d'un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d'un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire, de commettre ou de faire commettre, à l'encontre de membres de ce groupe, l'un des actes suivants : – atteinte volontaire à la vie ; – atteinte grave à l'intégrité physique ou psychique ; – soumission à des conditions d'existence de nature à entraîner la destruction totale ou partielle du groupe ; – mesures visant à entraver les naissances ; – transfert forcé d'enfants. Le génocide est puni de la réclusion criminelle à perpétuité."
Pour la Vendée, il s'agissait d'un plan de destruction pour motif religieux, racial (bien qu'il n'avait pas le sens qu'on lui donne aujourd'hui), puisque Barère au décret du 1er août 1793 comme mentionné ci-haut tenait ce discours : "Ici le comité, d'après votre autorisation, a préparé des mesures qui tendent à exterminer cette race rebelle, à faire disparaître leurs repaires, à incendier leurs forêts, à couper leurs récoltes, et à les combattre autant par des ouvriers et des pionniers que par des soldats". Passons tous les propos infâmes et génocidaires de Westermann, Amey etc.
Non, mais même en se basant sur cette définition, plusieurs points restent à clarifier.
La répression en Vendée, aussi violente et inhumaine soit-elle, était dirigée contre des insurgés, et non contre une population définie par son appartenance ethnique, raciale, ou religieuse, comme l’exige la notion de génocide. Les Vendéens étaient principalement combattus pour leur révolte politique et royaliste, pas spécifiquement pour leur religion, même si leur catholicisme jouait un rôle dans leur opposition à la Révolution.
De plus, le terme de "race rebelle" utilisé par Barère doit être compris dans son contexte historique. À l’époque, "race" pouvait simplement désigner un groupe social ou politique, sans la connotation ethnique moderne. L'objectif était de détruire une rébellion, pas d'éliminer une "race" ou un groupe religieux dans son ensemble.
Enfin, bien que des exactions horribles aient été commises, l'intention concertée de détruire "en tout ou en partie" un groupe ethnique ou religieux précis reste difficile à démontrer dans ce cas. Le contexte est celui d'une guerre civile, où la violence visait les ennemis politiques. Quant à la dimension religieuse, bien que présente, elle ne suffit pas à qualifier les événements de génocide sans une volonté explicite d'éliminer tous les catholiques ou Vendéens en tant que tels.
En somme, bien que certains éléments évoquent des aspects proches du génocide, la finalité première de ces actes était de réprimer une insurrection politique, ce qui différencie ces événements du génocide tel que défini juridiquement.
Non, s'est développée l'idée de détruire les vendéens parce qu'ils étaient catholiques (traditionnels), qu'ils souhaitaient suivre le Christ et le pape Pie VI et non la Convention, l'État. Donc l'objectif poursuivi était clair, il fallait les anéantir pour ce qu'ils étaient, comme mentionné précédemment.
En réalité, il n'est pas question de parler de génocide pour toute la période insurrectionnelle, et c'est sur ce point que réside un malentendu historique.
En effet, lorsque l'on parle de génocide, l'on se situe après la destruction de l'armée catholique et royale. Avant cela, il y avait effectivement une insurrection, avec deux armées distinctes, c'était une sorte de guerre interne, qui a fait des victimes collatérales, comme pour toutes les guerres. Or, cette armée a par la suite été décimée. Pourtant, le conflit ne s'est pas arrêté puisque les révolutionnaires ont voulu éradiquer tous les vendéens, y compris les civils non armés, bébés et personnes âgées innocentes, parce qu'ils étaient vendéens.
Il n'y avait là plus aucun lien avec la répression d'une insurrection.
En conclusion, même en voulant s'opposer à cette idée, il est difficile de nier que les événements survenus en Vendée entre la fin de 1793 et 1794, après la destruction de l'armée catholique et royale, comportent des éléments qui se rapprochent des critères modernes de génocide. À ce stade, les actes violents ne visaient plus uniquement des insurgés armés, mais des civils innocents, ciblés en raison de leur identité vendéenne, avec une volonté d'extermination, comme le montrent les ordres et les atrocités commises.
Cela correspond à l'intention de détruire en tout ou en partie un groupe "arbitrairement déterminé", ici les Vendéens, ce qui correspond à la définition légale du génocide. Même si ce n'était pas qualifié comme tel à l'époque, les faits et les intentions décrites peuvent difficilement être niés dans ce contexte.
C'est pourquoi le terme peut tout à fait être utilisé de manière rétroactive dû à cet anachronisme.